CP|Affaire EADS : incompétents ET malhonnêtes

mercredi 10 octobre 2007 à 20:46

Le scandale EADS que vient de mettre en évidence l’Autorité des Marchés Financiers fait apparaître une fois de plus l’irresponsabilité dont font preuve certains magnats de l’industrie français et l’impasse définitive de notre « capitalisme de connivence ».

Si les faits avancés par l'AMF, dont il faut saluer au passage le rôle exemplaire, restent à être prouvés et jugés, Alternative Libérale attend que la justice prononce à l'encontre de ces derniers des sanctions exemplaires.

Si les faits étaient avérés, cela signifierait que des cadres dirigeants d'une des plus grandes entreprises industrielles européennes se sont rendus coupables d'un double délit : ils ont abusé de la confiance mise en eux par tous les autres actionnaires dans le cadre du respect de l'égalité des droits des actionnaires. Ils ont trahi leur responsabilité de dirigeant d'entreprise envers leurs clients, leurs fournisseurs, leurs salariés, qui comptaient sur eux pour une gestion sans faille. Des pratiques qui salissent la réputation de notre pays, dont l’économie en difficulté se passerait fort bien.

Dans le cas d'un dirigeant de grand groupe, qui a un rôle économique et social de premier plan, une telle infraction doit être punie avec la plus grande fermeté. En effet, le premier ennemi de la liberté économique et du fonctionnement ouvert des marchés qui exigent de la confiance, ce sont ce genre de brebis galeuses qui compromettent la solidité de nos économies en manipulant les actionnaires. Qui peut, après une telle affaire, encore faire confiance à EADS ? Qui a envie d’investir sur les marchés français ? Après l'affaire ENRON, la justice américaine a fait le ménage jusqu'au sommet de la hiérarchie : nous n'en attendons pas moins dans cette affaire.

Par ailleurs, le rôle de l’Etat doit être éclairci. En particulier, nous voudrions savoir pourquoi la Caisse des Dépôts et Consignations, banque publique aux ordres de Bercy, a racheté 2,25% des parts d’EADS vendues par Lagardère quelques mois seulement après que l’Agence des Participations de l’Etat ait recommandé de vendre les titres EADS détenus par l’Etat. S'il s'avère que le Ministre de l’Economie, Thierry Breton, était informé de l’opération et a gardé le silence (qu'il ait choisi par ailleurs de ne pas vendre d’actions n'y change rien), alors il devra lui aussi payer le prix de la connivence.

Pour en finir avec ces pratiques indignes et suicidaires, nous devons assainir –sinon moraliser - le capitalisme français. Faisons de l'AMF le « chien de garde » du marché, renforçant les moyens à sa disposition pour mener ses enquêtes. L'AMF doit être crainte par les « cols blancs » comme l'est la SEC aux Etats-Unis. Crainte, mais respectée, cette institution doit mener comme il se doit la lutte contre toute forme de corruption ou de connivence. Par ailleurs, des procédures de « class action » permettraient enfin aux actionnaires de poursuivre les dirigeants coupables de tels agissements, et d’obtenir des dommages et intérêts à la hauteur du préjudice subi.

Enfin, nous recommandons la plus grande prudence dans la « dépénalisation du droit des affaires ». Elle ne doit concerner que les délits mineurs et formels, certainement pas les délits d’initiés, la diffusion de fausses informations ou les abus de biens sociaux.

Nous autres, libéraux, voulons être les plus exigeants dans la lutte contre la corruption et l'affairisme : c'est la condition sine qua non du fonctionnement sain des mécanismes du marché.

Posté dans Economie
Jean-Bernard

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