CP| Après Kadhafi, Ahmadinejad bientôt à Paris ?
Nicolas Sarkozy ayant résolument pris, à contre-pied de ses promesses de campagne, le parti d’une realpolitik décomplexée, faut-il attendre bientôt la visite à Paris du président iranien, qui a besoin lui aussi d’avions, de missiles, et peut-être de quelques centrales nucléaires ?
Rien n’a été refusé à Mouammar Kadhafi, en voyage officiel à Paris : accueil d’une suite pléthorique de quatre cent personnes, rencontre selon ses désirs avec un parterre de femmes musulmanes, tribune libre à l’Unesco devant un public de groupies, fermeture des ponts de la capitale pour assurer au Guide et à ses « amazones » une paisible croisière sur la Seine, interdiction de toute manifestation d’opposition au dictateur, et même une visite en grandes pompes à l’Assemblée Nationale, cœur de notre démocratie, hélas privée de tout pouvoir en matière internationale.
Regrettons que le Colonel n’ait pas profité de ce passage au parlement pour répondre aux questions que la commission d’enquête sur la libération des infirmières bulgares, séquestrées, torturées et violées huit années durant dans les geôles libyennes, devait avoir très envie de lui poser.
S’il est entendu que la France ne peut se limiter à commercer avec les seuls pays démocratiques, et qu’il y a par ailleurs peut-être quelques raisons géopolitiques de brosser la tignasse de Kadhafi dans le sens du poil, rien ne justifie qu’on prodigue de tels honneurs, et avec un tel zèle, à l’un des pires tyrans encore en activité sur la planète, armes de destruction massives ou pas.
Alors, pragmatisme pour pragmatisme, le prochain invité de prestige de l’Elysée pourrait-il être le président iranien Ahmadinejad, fraîchement dédouané par un rapport des services secrets américains des soupçons qui pèsent sur l’avancement de son programme nucléaire militaire ?
En tout cas, pour certains de ceux qui ont accueilli Kadhafi en France, comme Roland Dumas, qui a reçu son « ami de vingt-cinq ans » mardi dans les salons du Ritz pour une « grande rencontre culturelle en présence du Guide », accueillir le président iranien serait une partie de plaisir.
En effet, l’ancien ministre des affaires étrangères a déclaré mercredi sur France 3 : « Je trouve le régime iranien très démocratique. Il y a un parlement, un président élu, des débats, une presse libre, un comité de 60 personnes qui contrôle les actions du Guide Suprême… ». Adnan Hassanpour, condamné à mort pour « espionnage » en octobre et les dizaines d’autres journalistes emprisonnés à Téhéran pour avoir osé critiquer un régime si démocratique apprécieront.
Alternative Libérale fait part de sa grande tristesse devant la tournure que prend, ou plutôt ne prend pas, notre politique étrangère. Les opprimés de par le monde qui désespèrent de l’absence du « pays des droits de l’Homme » sur la scène internationale peuvent continuer à attendre.





le vendredi 4 avril 2008 à 03:13
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